Oui, c’est grave

– Y’a une faute là.

– C’pas grave, c’est juste une p’tite faute.

– Mais c’t’une faute pareil.

– Arrête de gosser, personne va s’en rendre compte.

– Moi pis ma mère, on va s’en rendre compte.

– On s’en fout, anyway, on n’a plus de temps, faut livrer.

L’histoire de ma vie.

J’ai eu mon premier choc linguistico-publicitaire à la fin du millénaire dernier. Un rédacteur m’ayant remis des scripts bourrés de fautes, je m’étais fait le plaisir de lui passer un solide savon du haut de mes 23 ans. Sa réponse : je suis payé pour mes idées, pas pour mon orthographe. Mais rédacteur, ça implique pas de savoir écrire correctement? Apparemment non.

J’ai donc appris à la dure que le domaine de la pub ne prenait pas toujours soin des mots qui le font vivre. J’ai aussi appris que ça n’est finalement pas la job de personne d’écrire comme il faut, et qu’un relecteur va peut-être réviser tout ça plus tard, s’il reste du temps. Peut-être. Botch now, fix later.

Le souci qu’on porte à la langue écrite perd du terrain. Beaucoup de terrain. Étonnant, mais surtout enrageant, à notre époque où la majorité des communications se font sous forme écrite. Ce qui est encore plus fâchant, c’est qu’on balaie ça du revers de la main, prétextant que comme plus personne n’écrit correctement, personne ne remarquera. Ça se voit dans d’indigestes Power Point et autres Keynote, dans des billets sur les médias sociaux, dans des animations qui se veulent punchy, dans des titres de campagnes, bref, partout. Et ce qui peut paraître anodin aux yeux de ceux qui n’ont jamais le « temps » de faire les choses correctement ne l’est pas.

Je trouve ça grave, faire des fautes dans notre domaine. Grave, parce que nos mots sont publics et bénéficient d’une grande visibilité. Nous sommes les gardiens du message. Mais surtout parce que ça en dit long sur l’entreprise qui publie des trucs mal écrits.

En haut de la liste, ça m’indique que cette entreprise n’a pas le souci du détail. C’est parfaitement normal qu’il y ait des coquilles, des petites erreurs de temps en temps. Tout le monde n’est pas Molière. Ce qui n’est pas normal, c’est qu’on soit tellement au-dessus de ses affaires qu’on escamote complètement l’étape de révision. Si on réservait le même traitement à la prod infographique, on aurait de sérieux problèmes sur les bras.

Ça m’indique aussi qu’on est arrivé au résultat final de manière chaotique, avec un échéancier impossible, et que, comme c’est de plus en plus souvent le cas, c’est l’étape de la révision qui a écopé vu le manque de planification, de temps, ou des deux. Du travail bâclé à l’interne, qui résulte en des coins tournés bien rond.

Enfin, ça m’indique que, pour cette entreprise, le contenant est plus important que le contenu. Un beau document bourré de fautes, c’est exactement la même chose qu’une jolie idiote.

Il n’y a pas de passe-droit quand on travaille en pub. C’est notre job de bien communiquer une idée, un message, une intention. Et bien communiquer, ça ne passe pas exclusivement par des concepts qui marquent l’imaginaire. Ça passe par une exécution impeccable du début à la fin, peu importe l’ampleur du projet. Un panneau sur la 15 mérite la même attention qu’un court statut sur les réseaux sociaux. Et peu importe que le document soit interne : il a lui aussi son public. C’est dans les détails qu’on constate la réelle volonté de bien faire.

Quand une entreprise se donne le droit de mettre en marché des trucs mal écrits, je me donne le droit de lui mettre sous le nez. Donnant-donnant.

 

 

 

4 Commentaires

  1. Andrée Brunet dit :

    Bien vu ! Bien dit ! Pour ma part, je trouve ça grave, faire des fautes, dans TOUS les domaines. Mais je sais que je suis une espèce en voie d’extinction.

    Aimé par 1 personne

  2. Sandra Wells dit :

    Je ne peux prétendre à avoir tout bon lorsque j’écris – syntaxe et anglicismes s’immiscent. Mais j’essaie très fort de faire attention aux fautes d’orthographe, de temps de verbe, etc.. Parce que lorsque je les vois, cela me gosse royalement. Et me fais jeter un regard de déception sur la personne ou la compagnie. Désolée, je suis faite de même 😉

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  3. Alain Denis dit :

    Bravo pour votre détermination et votre courage! Ça prend davantage de gens comme vous pour éveiller la conscience des autres sur l’importance de bien parler et de bien écrire. « Si ça mérite d’être fait, ça mérite d’être bien fait ». N’abandonnez surtout pas, ça pourrait devenir contagieux!

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