Kill Me, Manjaro

Dix raisons plus ou moins bonnes de gravir le Kilimandjaro

Le 15 août prochain, je partirai à l’assaut de la plus haute montagne du continent africain. 5 895 mètres de misère volontaire. À moins de deux mois du départ, j’essaie toujours de me convaincre que c’est une excellente idée.

1. À l’ère du dépassement de soi et de la glorification des expériences extrêmes, j’ai décidé d’entrer dans le moule et de ne pas passer des vacances platement ordinaires à boire du champagne en terrasse dans un pays européen civilisé en reluquant les beaux garçons. Tout ça est de toute évidence surfait, commun et bassement populaire. Pfffff.

2. Le Kilimandjaro, c’est une autre facette du régime paléo. Vivre comme à la préhistoire, sans aucune hygiène pendant 11 jours. Onze jours de crasse, de sueur, de gras, de poussière, de trucs qui roulent dans les plis. Ce sera un moment de communion avec ma cromagnonne intérieure. À ne pas confondre avec la cromignonne qui elle, est plutôt extérieure.

3. De voyage en voyage, ma zone de confort s’est agrandie. Mais la Tanzanie, c’est loooooooooin de ma zone de confort. Alors que je sens mon courage d’exploratrice téméraire s’amenuiser au fil des ans, j’explose volontairement mes limites pour accueillir ce qui sera une gifle d’humanité comme j’en ai sans doute rarement eu. Bring it on, le choc.

4. Les chanceux qui connaissent ma partenaire de voyage Nadia comprendront ma grande envie de la voir, elle aussi, bien sale, mal mise et huileuse.

5. Une part de moi refuse d’admettre l’avancée de l’âge (ceci peut entrer dans les annales comme l’understatement de l’année). Monter l’un des Seven Summits, c’est une manière de faire un doigt d’honneur au temps, de prouver qu’il n’a pas encore (trop) d’emprise sur moi. Une autre manière serait de manger un Fun Dip avec mon index en regardant La guerre des tuques. Mais je ne suis pas de celles qui versent dans la facilité.

6. Aller au bout du monde avec Nadia, c’est célébrer 25 ans d’amitié entre deux filles si pareilles mais si différentes. Deux filles de l’Outaouais qui se sont connues à Québec et qui sont devenues de vraies amies à Montréal. Vingt-cinq ans, c’est long. Onze jours sans se laver aussi. Toute est dans toute.

7. J’aime les voyages dans la nature qui dépayse, la nature grandiose que je sens dans mes os tant elle est présente, qui me fait sentir toute petite. La nature qui coupe le souffle par sa force brute, presque violente de beauté. Je suis donc d’avis que le Kilimandjaro sera un beau complément au Wadi Rum, à la Patagonie, aux Andes, à l’Amazonie, à Death Valley, et au mont Saint-Hilaire.

8. Les cures de désintox technologique et de silence ont le vent dans les voiles. Certains vont à l’abbaye Saint-Benoit-du-Lac, d’autres préfèrent la Tanzanie-sans-wifi. Dans mon cas, cette cure sera forcée, mais bienvenue. Je n’ai jamais été désinternettée depuis presque 20 ans, et je sévis sur les médias sociaux quotidiennement depuis maintenant 11 ans. Je vais me faire taire le clavier, au grand désespoir de mon inquiète de mère.

9. Les vacances, c’est la détente, la découverte, les rencontres, la bouffe, les vignobles, la fête, l’histoire des lieux. Plus rarement sont-elles associées à la fierté. La fierté, dans ma vie, passe presque uniquement par le boulot. Et ça, c’est un sérieux problème. Je veux être fière de moi pour autre chose que ce que je fais dans ma vie professionnelle. Et je sens qu’au sommet du Kili, je pourrai me faire une réserve de fierté qui me durera plusieurs semaines.

10. Avoir peur, c’est un bon motivateur. Et le Kili, ça me fait peur. J’ai peur de l’inconfort, peur de la fatigue, peur de la douleur, peur du manque d’oxygène, peur de ne pas avoir la force mentale d’avancer. J’ai peur de perdre des mandats, de ne plus avoir de job au retour (calme-toi, fille), peur de devoir manger des ramens du Dollorama pendant des semaines. J’ai peur de tout ça et de bien plus encore. Mais j’ai encore plus peur de rester dans ma bulle et de devenir cette femme qui dit « J’aurais donc dû ».

J’ai 57 jours pour apprivoiser l’idée de cette folle ascension. Je les passerai à boire du champagne en terrasse en reluquant les beaux garçons.

 

3 Commentaires

  1. Cornélia dit :

    ceux sont en effet d’excellentes raisons de faire le Kili ! Vous allez vivre une expérience incroyable ! Bon voyage !

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  2. Daniel Giasson dit :

    Bravo Christiane! De toute évidence, les regrets ne seront pas dans tes bagages pendant l’ascension.

    Aimé par 1 personne

  3. Guimond Veilleux dit :

    Je suis certains que tu peux le faire en segway ! Demande, on ne sait jamais !

    Aimé par 1 personne

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