La campagne Save Mai Duong, ou comment je me suis réconciliée avec mon métier.

Depuis quelques années, le sentiment de faire du sur-place prenait de plus en plus de place dans ma tête.

La pub, c’est un milieu stimulant, dynamique et créatif. Un milieu tout indiqué pour une fille comme moi, avec un heureux mélange de folie et de rigueur. Tout ce qu’il me fallait pour m’épanouir… du moins, pendant mes premières années. Plus le temps passait, plus je trouvais que je tournais en rond. Les défis n’étaient plus au rendez-vous, les clients, de plus en plus frileux, la création, de moins en moins originale. Et le sentiment de contribuer au bien collectif, inexistant. Au fil des ans, je me suis rendu compte que pour m’accomplir, je devais servir à quelque chose de plus grand que moi, contribuer à bâtir quelque chose de bon. Mettons ça sur le compte de mon éducation chez les bonnes sœurs.

Peu importe la cause, un vide s’était installé et je voyais désormais mon boulot comme une répétition de tâches qui ne me faisaient pas grimper bien haut dans la pyramide de Maslow. Rares sont les mandats publicitaires servant la communauté, ou insufflant une petite dose de douceur dans notre monde fou. Je ne savais plus pourquoi je travaillais, à part pour payer mon loyer. Je ne faisais rien de bon, rien de noble, rien de beau depuis trop longtemps.

Puis en mai 2014, mon amie Mai découvrait qu’elle était en rechute d’une sale leucémie dont elle était en rémission depuis seulement dix mois. La première ronde de chimio n’avait pas suffi : il lui fallait désormais une greffe de cellules souches. Le 24 mai, le lendemain de cette nouvelle-bombe, je suis allée la voir chez elle. Elle était toute petite, perdue dans un vaste océan de peine. Il n’existe pas assez de synonymes de l’adjectif « dévastée » pour exprimer comment je l’ai trouvée cet après-midi-là. On a pleuré, on a ragé, on a eu de longs moments de silence lourd, trop lourd.

photo mai 2

Je lui ai demandé : « Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? ». Sans une nano-seconde d’hésitation, elle m’a répondu : « Trouve-moi un donneur ». Frissons.

J’ai quitté la maison de Mai le cœur aussi lourd que l’orage qui grondait, me répétant ses quatre mots si simples, mais chargés d’une mission que je jugeais impossible à l’époque. Comment faire ? Ça se sauve comment, une p’tite Vietnamienne leucémique ?

J’ai retroussé mes manches, et j’ai sorti mon arme à moi : ma plume. J’ai lancé la page Facebook Save Mai Duong, j’ai écrit à des journalistes, et j’ai commencé à faire connaître son histoire, un post à la fois. Tout de suite, je me suis trouvée bien chanceuse de faire partie du secteur publicitaire et pas d’un ordre de harpistes de Saint-Colomban. La réconciliation s’amorçait à mon insu…

C’était pas tout d’avoir une page Facebook bien ficelée, il fallait maintenant poser des gestes concrets pour que l’histoire de Mai rayonne le plus possible. Avec l’aide de Touché!, la boite média où Mai travaille, et d’autres amis et connaissances travaillant dans les grands groupes médias et agences, on a commencé à obtenir des placements publicitaires gratuits. J’ai donc épluché mon Rolodex et choisi des publicitaires sympathiques au grand cœur qui allaient pouvoir m’aider à remplir tous ces espaces publicitaires dans des délais pas vraiment plus longs que lors d’une campagne payante. Plus les choses avançaient, plus les gens se proposaient d’eux-mêmes, sans qu’on ait à leur demander. Des gens chez Cossette, lg2, Brad, Sid Lee, Bell Média, BLVD (anciennement Boogie Studio), OMD, Pattison, Zoom Média, et j’en passe, ont accepté de travailler bénévolement pour faire connaitre Mai, son histoire, et le manque terrible de donneurs ethniques dans les registres mondiaux de cellules souches. Une armée de pigistes s’est activée, notamment pour sosmai.com où on centralisait l’information importante. On n’avait pas vu ça souvent, des gens de toutes les agences travaillant au même projet.

superpanneau Mai

La campagne prenait de l’ampleur, les points de contact se multipliaient, les nouvelles opportunités abondaient. Et je me sentais bien. Parce que pour une rare fois en quinze ans, tout ce que je faisais avait un sens et un objectif bien précis. Pas seulement vendre plus de voitures ou de yogourt. Ici, je me démenais pour sauver la vie de mon amie, armée de mon expérience, de mes contacts et de ma grande gueule.

N’allez pas croire que j’ai fait ça toute seule. Encore une fois, ce sont des publicitaires qui ont formé le cœur de l’équipe Save Mai Duong. En plus de Mai, qui a participé du début à la fin, infatigable, engagée, livrant son avis de manière juste et intelligente, on est quatre filles à avoir tenu cette campagne à bout de bras. Des filles de trois agences différentes et de chez Juste pour rire. Chacune s’est trouvé sa niche, son champ d’expertise, son petit carré de sable pour faire en sorte que cette campagne obtienne le succès qu’on lui connait. Quatre filles différentes mais si semblables, unies par l’amour de Mai, et ayant les compétences et les contacts pour la mener sur le plateau de Tout le monde en parle. On ne travaillait pas : on valsait.

Aujourd’hui, Mai a reçu sa greffe et se remet lentement mais sûrement. Notre appel a été entendu. Au cours de notre campagne, trois Vietnamiens ont trouvé leur donneur. Pas un, pas deux, TROIS. On dit trop souvent en pub qu’on ne sauve pas des vies. Cette fois-ci, on a prouvé le contraire et trois personnes, en plus de Mai, ont une seconde chance.

Comme quoi la pub, finalement, ça sert à quelque chose.

Si vous avez entre 18 et 35 ans et que vous souhaitez sauver une ou plusieurs vies, devenez donneurs de cellules souches.

9 Commentaires

  1. Bosko dit :

    Tu écris effectivement des choses, et bien!

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  2. Isabelle Fink dit :

    Que j’ai du plaisir à te lire!!!!

    Aimé par 1 personne

  3. Quelle belle histoire. Bravo Christiane.

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  4. Marieve dit :

    Wow Christiane, c’est vraiment si beau! Petite sourire en lisant le tout! Euh…BRAVO!!!!

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  5. Article touchant. Merci Christiane, t’es une sacrée bonne fille! Je fais appel à toi si un jour je suis mal prise!!

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  6. Sebastien McQuade dit :

    Quelle belle réussite!!! Nous sommes heureux d’y avoir participé. Heureux de voir Mai se remettre. Bon vent à vous deux et toute l’équipe!
    Seb

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  7. Genevieve Boulanger dit :

    Je te relève mon chapeau Christiane, pour l’ensemble de l’oeuvre ici ! Chaque pas de cette valse m’a émue. Un tel projet, qui vient du coeur et qui a un sens… ça se sent jusqu’au bout.

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  8. Danielle dit :

    Wowww bravo quoi dire de plus. C’est un projet que tu ( et nous) n’oublieras jamais

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