Pipicacapoil

Il y a quelques jours, je suis allée voir le spectacle En français SVP de Sugar Sammy. (L’Office de la langue française tiendra peut-être à ce qu’on l’appelle Samuel Sucre but I’ll take my chances). C’était la seconde fois que je le voyais en action. La première fois, c’était à son show bilingue il y a deux ans : une soirée mémorable riche en véritable lol et en tapage sur les cuisses. Il nous avait promis que we were gonna rire : promesse tenue. J’avais vu à ce moment-là un gars brillant, vite sur ses patins, passant du français à l’anglais dans une surprenante fluidité, tenant un discours qui sortait du lot, qui choquait dans le bon sens du terme. Il y avait certes une part de vulgarité gratuite, mais bien dosée, pour nous attraper dans le détour. Il avait une prestance inégalée sur scène, en plus d’être, on va se dire les vraies affaires, extra hot. C’était le début d’une histoire d’amour : Sugar could do no wrong.

Vendredi, c’était autre chose. Sugar Sammy m’a donné l’impression de s’être assis ben carré sur ses lauriers de Grosse Vedette Québécoise et de tendre l’oreille pour ouïr avec délice le katching des piastres qui tombent dans ses coffres. C’était la version française de son spectacle bilingue. Pas un iota de nouveauté. Certaines blagues anglaises (délicieuses, cela dit) avaient dû être supprimées pour accommoder l’auditoire francophone. Au lieu d’écrire des gags spécialement pour son spectacle en français, Sugar a comblé le vide en improvisant encore plus qu’à son habitude avec les gens dans la salle. C’est drôle 2-3 fois. Pas une heure. Il avait l’air blasé de ceux que l’adulation d’une foule n’excite plus, comme si ça lui était dû. Si j’avais voulu voir de l’impro, je serais allée à la LIM.

Mais là n’est pas le problème. Le problème, c’est qu’il est tombé lui aussi dans les jokes de secondaire 5. Je dis « lui aussi », parce que ça semble être la triste norme de l’humour qui se fait ici, à l’exception des rares humoristes inventifs qui savent qu’il n’y a pas que les bruits de corps qui font vendre des billets. Et par jokes de secondaire 5, j’entends des gags sur les menstruations, les pussies, les blowjobs. Du stock vieux comme le monde, drôle quand t’as 15-16 ans, mais pathétique quand t’as PAS presque quarante ans. C’tu si drôle que ça, les règles? C’tu si drôle que ça, imiter une pute qui propose un handjob en disant « Veux-tu que je te vide? ». Vraiment??? Et la salle rit. De bon cœur. Hahahaha! Quelle finesse! Quel esprit! Loin d’être coincée, je suis la première à rire à gorge déployée d’une blague salace déplacée et à en semer gaiment çà et là, juste pour le plaisir. Mais je suis d’avis que la grossièreté doit pimenter le discours de nos humoristes. Pas en être le coeur.

Pour nous préparer à son discours de gars de 19 ans, Sugar a eu l’excellente idée de proposer à un obscur humoriste de faire la première partie de son spectacle. Ledit humoriste-entre-guillemets, Stéphane Poirier, était si grossier et si primaire que ça m’a scié les jambes. Du réchauffé, entendu la plupart du temps dans la bouche du mononcle dégueulasse qu’on évite dans les partys de famille (pas dans la mienne, dieu merci). Des blagues de bonnes femmes, de cul, de caca de chien. D’ailleurs, sa blague de caca de chien était si mauvaise et si mal livrée que la salle n’a pas réagi. On arrive au punch, et un silence de mort est tombé sur l’Olympia. Pas. Un. Son. J’avais jamais vu ça. Le pauvre Poirier n’en revenait pas non plus et a dû reprendre son numéro en l’expliquant à mesure pour que l’auditoire le comprenne. IL A DÛ EXPLIQUER SON GAG. Malaise, vous dites? (Je vous épargne le numéro sur le dentiste rappeur.)

Ma déception était double : Sugar, mon Sugar chéri, s’était abaissé au niveau de cégépiens aux fontanelles encore molles. Des blagues de pets, de rots, de caca, de femmes-bonnes-à-cuisiner, de Québécoises cochonnes, tout le monde peut faire ça. Pire : tout le monde FAIT ça. Si je me déplace pour te voir sur scène, sers-moi pas des trucs que je peux entendre sur un chantier de construction ou dans un bar où Éric Lapointe a établi ses quartiers. On aurait dit que Sugar Sammy s’est aperçu que l’humour inintelligent, donc pas forçant, est payant ici. Plus besoin de sortir de bon contenu. Il roule le même spectacle dans deux langues depuis des années. Rien de nouveau. Dans son spectacle français, les blagues « humour 101 »  brillent de mille feux, au grand plaisir de la foule… ce qui m’amène au second volet de ma déception.

Le Québec rit trop souvent mal. Voilà, c’est dit. J’étais gênée d’être dans cette salle, d’entendre les gens s’esclaffer devant un humour facile, pas travaillé, pas raffiné, pas bon. Gênée aussi d’être celle qui ne rit pas, passant pour une snobinarde sans humour aux yeux de mes voisins de siège. Gênée de voir mes concitoyens se régaler de blagues grossières et vides, entendues mille fois sous une forme ou une autre, et d’en redemander. Pourquoi l’humour québécois tourne-t-il immanquablement autour des parties génitales et du caca? Pourquoi la ponctuation est-elle de facto remplacée par des sacres? Le tabarnac et la virgule sont-ils interchangeables à ce point? Pourquoi l’humour québécois ressasse-t-il encore les blagues hommes/femmes comme si c’était une nouvelle merveille du monde? Est-ce qu’on ne mérite pas un humour plus fin, plus travaillé? Est-ce qu’on ne mérite pas de s’élever vers le haut collectivement en riant? Est-ce que les seules drôleries, pour nous, se résument à des sacres, à du sperme, à des fellations ratées, et à des vasectomies? Ou encore à des personnages d’une insignifiance crasse? Pis est-ce qu’on est toujours obligé de les beugler, nos blagues plates?

Je trouve qu’humoristiquement parlant, on fait souvent dur.
Heureusement qu’il y a Louis-José. Et la relève qui donne espoir, comme Virginie FortinAdib Alkhalidey et Katherine Levac.

2 Commentaires

  1. Geneviève Morin dit :

    J’ai aussi vu ce spectacle, à St-Georges-de-Beauce. Mal adapté au public, j’écoutais le silence après ses blagues sur le Métro de Montréal et les différences ethniques des régions métropolitaines. Laval, c’est pas très commun pour le monde de la Beauce. Difficile d’y trouver une bonne blague…
    Bref, manque de travail de recherche et de finition !

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    • Tellement d’accord! C’est un show MONTRÉALAIS. Si j’habitais à Matane à Rimouski ou à Wakefield, je n’aurais aucun intérêt parce que j’y comprendrais rien. Tout ce que je comprendrais, ce sont les jokes de diarrhée. Et en plus, FAUT être bilingue pour comprendre même son spectacle en français. C’est de l’anglais adapté à la va-vite. (Oui, j’ai écrit diarrhée et va-vite dans le même paragraphe. Oui, c’est peut-être une blague de caca.)

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